En copropriété, installer une borne sur sa place de parking ne passe pas par un vote de l’assemblée générale. C’est le droit à la prise : tout propriétaire, locataire ou occupant de bonne foi peut équiper son emplacement privatif, à ses frais, et la copropriété dispose de trois mois pour s’y opposer — sur un motif sérieux et légitime uniquement. Ce guide déroule la démarche étape par étape, les pièces à fournir, les recours et les aides, à partir des textes officiels et des données INSEE 2023.
Ce que le droit à la prise permet exactement
Le droit à la prise est le droit, pour tout utilisateur d’un véhicule électrique ou hybride rechargeable, d’installer une borne (ou une prise) sur son emplacement de stationnement privatif. Il bénéficie au propriétaire comme au locataire, et plus largement à tout occupant de bonne foi du logement. L’installation est réalisée aux frais du demandeur : le coût de la borne, de la pose et, le cas échéant, des travaux d’adaptation du réseau électrique restent à sa charge.
Trois limites structurent ce droit. D’abord, il faut disposer d’un emplacement identifié — une place de parking, un box, un garage rattaché au logement. Ensuite, l’installation ne doit pas créer de danger ni mettre en cause la sécurité de l’immeuble. Enfin, elle suppose une faisabilité technique : puissance disponible et place dans le tableau électrique de l’immeuble. Sur ce dernier point, un installateur certifié IRVE réalise un bilan de puissance avant de s’engager.
La conséquence pratique est nette : le droit à la prise ne nécessite pas de vote en assemblée générale. La copropriété ne peut s’y opposer que par l’intermédiaire de son syndic, et seulement pour un motif sérieux et légitime.
La démarche pas à pas, du courrier au syndic aux travaux
La procédure diffère selon que le demandeur est propriétaire de son logement ou locataire. Dans les deux cas, elle commence par une notification du projet et se poursuit par un délai d’opposition laissé à la copropriété.
| Étape | Demandeur propriétaire | Demandeur locataire |
|---|---|---|
| 1. Notification du projet | Au syndic de copropriété | À son propriétaire, qui la transmet au syndic (1 mois maximum) |
| 2. Délai d’opposition de la copropriété | 3 mois | 3 mois |
| 3. Contrat avec le prestataire et transmission au syndic | 2,5 mois maximum | 2,5 mois maximum |
| 4. Réalisation des travaux | À l’issue de ces délais | À l’issue de ces délais |
Pour un propriétaire, le délai théorique maximal est donc de 5,5 mois entre la notification et le démarrage des travaux ; pour un locataire, une étape s’ajoute en amont, ce qui porte le total à 6,5 mois maximum. Ces durées sont des plafonds : elles peuvent être raccourcies si le syndic répond vite.
Dans tous les cas, le syndic inscrit à l’ordre du jour de la prochaine assemblée générale une simple information des copropriétaires sur les travaux projetés. Aucun vote ne peut être organisé sur ces travaux individuels.
Les pièces à joindre à la notification
La demande doit permettre au syndic de comprendre précisément l’installation envisagée. Le dossier comprend une description détaillée des travaux : le type de borne installée, le schéma technique de connexion, un bilan de puissance électrique confirmant la capacité de l’installation existante, un plan technique d’intervention et un schéma de raccordement électrique.
Si le plan technique ou le schéma de raccordement ne sont pas encore disponibles au moment de la notification, celle-ci reste recevable : le syndic peut demander ces compléments dans un second temps. En pratique, mieux vaut réunir le dossier complet dès le départ, car c’est lui qui déclenche le délai d’opposition et sécurise la suite.
Les trois raccordements possibles — et celui qu’on évite
Le droit à la prise ouvre l’accès à l’emplacement, mais il ne fixe pas les conditions du raccordement électrique. Trois solutions techniques existent, avec des conséquences différentes.
| Solution de raccordement | Ce qu’elle implique |
|---|---|
| Sur le compteur des parties communes | Une convention tripartite doit être signée entre le syndic, le résident et le prestataire. Les éventuels travaux d’adaptation du réseau sont à la charge du demandeur. |
| Création d’un compteur individuel par le gestionnaire du réseau public | Le décompte de la consommation est individualisé. Les travaux d’adaptation restent à la charge du demandeur. |
| Raccordement depuis le logement | Solution déconseillée : elle présente des risques pour la sécurité et des limites de performance. |
Quelle que soit la solution retenue, une convention est établie entre le syndic de copropriété et le prestataire choisi par le demandeur. Elle fixe les conditions d’accès aux parties communes, les modalités de relève du compteur et la refacturation des consommations électriques. Un point à ne pas négliger : la faisabilité technique (puissance disponible, place dans le tableau général) conditionne tout le projet.
Si le syndic s’oppose : les motifs recevables et le recours
Le syndic ne peut pas refuser une demande de droit à la prise sans raison. Deux motifs sérieux et légitimes sont expressément reconnus : la préexistence d’installations équivalentes, et la décision déjà prise par la copropriété de réaliser ces installations dans un délai raisonnable.
En cas d’opposition fondée sur un tel motif, le syndic doit saisir le président du tribunal judiciaire. Et si aucune saisine n’intervient dans les trois mois suivant la notification, le résident peut faire réaliser les travaux. Une opposition qui resterait lettre morte n’a donc pas d’effet bloquant.
Vote en AG : majorité simple ou majorité absolue
Le droit à la prise individuel ne se vote pas. Mais le jour où la copropriété décide d’équiper collectivement les places, les règles de majorité s’appliquent, et elles ne sont pas les mêmes selon la décision.
| Décision en assemblée générale | Majorité requise |
|---|---|
| Conclure une convention avec le gestionnaire du réseau public ou avec un opérateur pour une infrastructure collective, sans frais pour le syndicat | Majorité simple (article 24 de la loi du 10 juillet 1965) |
| Décider d’équiper les places de stationnement d’accès sécurisé à usage privatif avec des bornes de recharge | Majorité simple (article 24) |
| Autres travaux d’infrastructure collective de recharge | Majorité absolue (article 25), avec second vote à la majorité simple si au moins un tiers des voix a été recueilli (article 25-1) |
La majorité simple (article 24) se calcule sur les voix exprimées des copropriétaires présents, représentés ou ayant voté par correspondance : les abstentionnistes ne comptent pas. La majorité absolue (article 25) exige, elle, la majorité des voix de tous les copropriétaires, présents comme absents. Depuis le 30 octobre 2019, une décision qui n’atteint pas cette majorité absolue mais recueille au moins un tiers des voix peut être remise au vote immédiatement, à la majorité simple (article 25-1) — de quoi éviter un blocage.
Combien de logements sont concernés en Île-de-France
Le sujet pèse d’autant plus que la commune est collective. En Île-de-France, plusieurs villes comptent une très forte proportion d’appartements — le bâti type de la copropriété — et des taux de place privative très variables.
| Commune | Part d’appartements | Résidences avec place privative | Points de recharge publics |
|---|---|---|---|
| Versailles | 88,7 % | 51,4 % | 62 — 1 pour 1 356 habitants |
| Le Chesnay-Rocquencourt | 85,3 % | 75,7 % | 92 — 1 pour 334 habitants |
| Cergy | 82,6 % | 67,4 % | 47 — 1 pour 1 509 habitants |
| Villiers-le-Bel | 79,5 % | 39,2 % | 11 — 1 pour 2 732 habitants |
| Saint-Germain-en-Laye | 78,5 % | 64,9 % | 213 — 1 pour 216 habitants |
| Pontoise | 75,0 % | 55,7 % | 30 — 1 pour 1 000 habitants |
Villiers-le-Bel illustre la configuration la plus contraignante : 79,5 % d’appartements, mais seulement 39,2 % des résidences principales disposant d’une place privative, et 11 points de recharge publics seulement (INSEE, dossier complet, données 2023 ; base nationale IRVE, relevé du 30 septembre 2026). C’est exactement le cas où le droit à la prise, sur un emplacement existant, change la donne. À l’inverse, une commune comme Le Chesnay-Rocquencourt, où les trois quarts des résidences ont une place privative, relève surtout du raccordement individuel.
Pour un immeuble, la bonne question n’est donc pas seulement « combien de voisins sont concernés aujourd’hui », mais « combien le seront demain ». La loi d’orientation des mobilités de 2019 a instauré une obligation de pré-équipement des parcs de stationnement des logements collectifs : pré-équipement de l’ensemble des places dans les parcs de plus de 10 places des bâtiments résidentiels dont le permis de construire a été déposé après le 11 mars 2021, et pré-équipement de 50 % des places pour les parkings jusqu’à 40 places, 75 % au-delà. Autrement dit, les immeubles récents anticipent déjà la recharge, et l’infrastructure collective devient la voie naturelle. Le sujet est détaillé dans nos pages borne de recharge en copropriété et borne en parking collectif.
Une aide qui divise la facture par deux
Le droit à la prise laisse l’installation à la charge du demandeur, mais il ne laisse pas le financement sans solution. Le programme ADVENIR, piloté par l’Avere-France, prend en charge 50 % du coût hors taxes pour un point de recharge individuel comme pour un point partagé en immeuble collectif. Le taux est également de 50 % pour une infrastructure collective, avec une surprime pour les travaux de voirie extérieure. Les aides aux points individuels et aux infrastructures collectives sont cumulables.
Une précision utile avant de se lancer : le programme ADVENIR ne finance pas les maisons individuelles. Il vise le résidentiel collectif — immeuble, copropriété, logement social. Le périmètre exact, les plafonds par point et les montants de voirie sont fixés par le programme, à vérifier au moment du projet.
Reste enfin la question de la faisabilité électrique : avant de chiffrer quoi que ce soit, un installateur certifié IRVE établit un bilan de puissance et confirme ce que le tableau de l’immeuble peut accepter. C’est cette étape qui détermine si le projet relève d’une borne simple ou d’un renforcement. La façon dont un devis se construit est détaillée dans notre guide comment se construit un devis de borne, et le cas particulier du locataire dans notre page recharge pour locataire.
Passer à l’action. Décrivez votre situation en deux minutes — copropriété ou maison, emplacement privatif ou non, puissance souhaitée, kilométrage : un installateur certifié IRVE de votre secteur vous dira ce qui est réalisable chez vous, à quelles conditions et dans quels délais. C’est gratuit et sans engagement : demander une estimation. Si vous n’avez pas d’emplacement privatif, notre guide sans place privative : les options réelles détaille les solutions de repli.



